Histoire de KONGOTERRA : de l’expérience communautaire à l’Agro-Médecine Intégrative
Les grandes idées naissent rarement dans un bureau. Elles prennent forme au contact des réalités du terrain, au fil des rencontres, des défis rencontrés et des questions qui refusent de nous quitter. L’histoire de KONGOTERRA est celle d’un cheminement progressif, où une expérience de développement communautaire s’est transformée, au fil des années, en une vision scientifique et territoriale de la santé : l’Agro-Médecine Intégrative.
Tout commence bien avant la création de KONGOTERRA. Alors qu’il poursuit ses études à la Faculté de Médecine de l’Université Kongo, le Dr Nathan BUNDUTIDI MAKAYA rejoint le Centre pour la Promotion du Monde Rural (CEPROMOR) en tant que Chargé des Programmes Intégrés de Développement (PID) en 2007. Sous le coaching et le mentorat du Révérend Pasteur Jonathan MPASI MAYALA, il participe à des programmes associant santé communautaire, nutrition, eau, hygiène et assainissement (WASH), sécurité alimentaire, développement rural et renforcement des capacités communautaires.
Cette expérience est bien plus qu’un premier emploi : elle constitue une véritable école de vie. En parcourant les villages, en échangeant avec les familles, les agriculteurs, les professionnels de santé et les autorités locales, il découvre que la santé ne dépend pas uniquement des soins médicaux. Elle est profondément influencée par la qualité de l’alimentation, l’accès à l’eau potable, les pratiques agricoles, l’environnement, les conditions de vie et la capacité des communautés à construire leur propre résilience.
Peu à peu, une conviction s’impose : pour améliorer durablement la santé, il faut agir sur l’ensemble de ses déterminants. Cette vision du développement intégré deviendra la première pierre de KONGOTERRA.
En 2015, une rencontre vient donner une nouvelle dimension à cette réflexion. Le Dr Nathan fait la connaissance de Sœur Marie-Catherine MATA MASALA, Mère Générale honoraire de la Congrégation des Sœurs de Sainte-Marie de Kisantu et cofondatrice de l’association Avec les Sœurs de Kisantu (ASK). À travers elle, il découvre Artemisia annua et Artemisia afra. Mais, au-delà de ces plantes médicinales, il découvre surtout une manière de penser la santé qui relie l’être humain à son environnement, à la biodiversité et aux communautés, dans l’esprit de l’approche One Health.
Cette rencontre marque un tournant. Elle l’amène à s’engager au sein de la Maison de l’Artemisia, où il travaille à la diffusion raisonnée des connaissances sur les plantes médicinales. Lors d’un séjour en France, il rencontre le Dr Lucile Cornet Vernet, fondatrice de la Maison de l’Artemisia. Grâce à sa confiance et à son accompagnement, il contribue au développement du réseau en République Démocratique du Congo.
Au fil des années, plus de quinze Maisons de l’Artemisia voient le jour à travers le pays. Les activités de sensibilisation, de prévention et de formation touchent plus de 612 500 bénéficiaires. Cette aventure confirme le potentiel des ressources biologiques locales pour améliorer la santé des populations. Mais elle révèle aussi une réalité essentielle : aucune plante, aussi prometteuse soit-elle, ne peut à elle seule répondre à la complexité des défis sanitaires contemporains.
En 2017, une nouvelle étape vient transformer cette réflexion en véritable projet. Lors d’un séjour d’étude en France, le Dr Nathan visite le domaine de Marquenterre Nature. Il y découvre un territoire où la biodiversité, l’agriculture, la recherche, l’éducation, l’innovation et le développement économique fonctionnent comme les composantes d’un même écosystème.
Cette visite agit comme un déclic.
Une question devient alors centrale : pourquoi la richesse biologique exceptionnelle de la République Démocratique du Congo ne pourrait-elle pas devenir un moteur de santé, de recherche, d’innovation et de développement durable ?
C’est à Marquenterre que naît l’idée de KONGOTERRA : créer un écosystème africain capable de transformer les ressources biologiques locales en solutions concrètes pour la santé, la recherche, l’emploi et le développement des territoires.
Quelques années plus tard, la pandémie de COVID-19 bouleverse le monde. Elle révèle les fragilités des systèmes de santé, les limites de la dépendance aux importations et l’importance de renforcer les capacités locales de prévention, de recherche et de production. Cette crise mondiale confirme la pertinence de la vision élaborée depuis plusieurs années et conduit à la création officielle de KONGOTERRA, conçu comme une entreprise de l’économie sociale et solidaire au service du vivant.
Pour donner à cette ambition une base scientifique solide, le Dr Nathan poursuit une formation à l’Institut Français d’Endobiogénie, Médecine Préventive et Intégrative (IEMPI), où il se spécialise en Physiologie Intégrative et en Phytothérapie Clinique (niveaux I et II). Il y découvre une approche centrée sur la régulation du vivant et le renforcement des capacités adaptatives de l’organisme. Avec l’accompagnement de l’IEMPI, il s’engage également à promouvoir le développement de l’endobiogénie en Afrique subsaharienne, en commençant par la République Démocratique du Congo et la province du Kongo Central.
Déjà engagé dans la lutte contre la malnutrition, il complète cette formation par un Diplôme Universitaire de Physionutrition Clinique et Biologique à l’Université Grenoble Alpes. Ce parcours lui permet de mieux comprendre les liens entre nutrition, métabolisme, inflammation, microbiote, physiologie et prévention des maladies.
L’expérience du terrain et ces nouvelles connaissances scientifiques se rejoignent progressivement. Elles donnent naissance à une vision plus globale de la santé, où la prévention, la régulation physiologique, la nutrition, les plantes médicinales, l’agriculture durable et la préservation des écosystèmes ne sont plus des domaines séparés, mais les composantes d’une même stratégie.
Cette vision prend progressivement la forme d’un véritable écosystème d’innovation. KONGOTERRA développe des plateformes complémentaires dédiées à la production agroécologique, à la recherche phytobiologique, à la transformation des ressources naturelles, aux soins intégratifs, à la formation et à l’entrepreneuriat social. Cette dynamique conduit à la création du Centre d’Excellence en Médecine Préventive et Intégrative Kongoterra (CEMPIK), qui devient le pilier scientifique de l’ensemble.
De cette évolution émerge enfin le concept d’Agro-Médecine Intégrative. Plus qu’une discipline, il s’agit d’un cadre scientifique et opérationnel qui relie la santé, l’agriculture, la nutrition, la biodiversité, l’endobiogénie, la physiologie intégrative, la phytothérapie clinique et l’approche One Health. Son ambition est de renforcer les capacités adaptatives des individus, des communautés, des territoires et des écosystèmes afin de contribuer à une véritable production territoriale de la santé.
Aujourd’hui, KONGOTERRA est devenu bien plus qu’une organisation. C’est un mouvement qui rassemble chercheurs, professionnels de santé, agriculteurs, entrepreneurs, universités, organisations de la société civile et partenaires internationaux autour d’une conviction commune : l’avenir de la santé repose sur une approche plus préventive, plus intégrative et plus durable.
Fidèle à sa devise — « Restaurer • Préserver • Développer le vivant » — KONGOTERRA poursuit son engagement pour faire de la richesse biologique africaine un levier de santé, d’innovation et de développement, au service des générations présentes et futures.
